Prendre sa retraite à l'île Maurice : permis de résidence, fiscalité des pensions et pièges à éviter

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Prendre sa retraite à l'île Maurice : permis de résidence, fiscalité des pensions et pièges à éviter

Soleil, sécurité, francophonie et fiscalité douce : l'île Maurice attire chaque année davantage de retraités français. Mais entre le Residence Permit retraité, la convention fiscale de 1980, l'achat immobilier réservé aux « schemes » agréés et la protection sociale à reconstruire, une expatriation réussie se prépare 12 à 18 mois à l'avance. Le mode d'emploi complet.

LeDroitEnClair.fr5 août 2026
Prendre sa retraite à l'île Maurice : permis de résidence, fiscalité des pensions et pièges à éviter

L'île Maurice coche presque toutes les cases du projet de retraite au soleil : vols directs depuis Paris, décalage horaire faible (+2/+3 h), français parlé partout, système de santé privé correct, criminalité faible, fiscalité parmi les plus douces au monde — et une convention fiscale avec la France qui sécurise le tout. Résultat : la communauté française y dépasse 15 000 inscrits au registre consulaire, dont une part croissante de retraités.

Mais Maurice n'est pas un simple prolongement tropical de la France. C'est un État souverain, avec son droit mixte (Code civil hérité de la France, procédure et droit des affaires d'inspiration anglaise), ses permis de résidence à conditions strictes et ses règles immobilières fermées aux étrangers hors « schemes » agréés. Voici, poste par poste, ce qu'un futur retraité doit verrouiller.

Le sésame : le Residence Permit « retraité »

Les conditions du permis

Maurice délivre aux étrangers de 50 ans et plus un Residence Permit as Retired Non-Citizen, géré par l'Economic Development Board (EDB). Les conditions actuelles :

  • avoir 50 ans révolus au dépôt de la demande ;
  • s'engager à transférer à Maurice au moins 1 500 USD par mois (ou 18 000 USD par an) sur un compte bancaire local ;
  • justifier de ces transferts chaque année (relevés bancaires à l'appui) ;
  • souscrire les assurances exigées et présenter un casier vierge.

Le permis est délivré pour 10 ans renouvelables. Après 3 ans de résidence avec transferts conformes, le retraité peut demander un Permanent Residence Permit de 20 ans.

StatutDuréeCondition financière
Residence Permit retraité10 ans1 500 USD/mois transférés
Permanent Residence Permit20 ans3 ans de conformité préalable
Acquéreur immobilier agrééTant que la propriété est détenueAchat ≥ 375 000 USD (PDS, IRS, RES, Smart City)

Le point de vigilance : le conjoint

Le permis retraité couvre le demandeur ; le conjoint doit faire l'objet d'une demande propre (dépendant) — anticipez les justificatifs de mariage (acte transcrit, traductions certifiées le cas échéant).

La fiscalité : le vrai moteur du projet — et ses chausse-trappes

Ce que dit la convention fiscale France-Maurice de 1980

La convention fiscale du 11 décembre 1980 répartit le droit d'imposer entre les deux États. Pour un retraité devenu résident fiscal mauricien, la règle de principe est favorable :

  • les pensions privées (régimes de base et complémentaires des salariés du privé, retraites par capitalisation) sont imposables exclusivement à Maurice — au taux mauricien, plafonné à 15 % (avec des tranches réduites à 10 % pour les revenus modestes) ;
  • les pensions publiques (fonctionnaires d'État, militaires, certaines pensions des collectivités) restent en revanche imposables en France, sauf si le bénéficiaire possède la nationalité mauricienne ;
  • il n'existe ni impôt sur la fortune, ni taxe d'habitation, ni droits de succession à Maurice.

Conséquence pratique : un couple de retraités du privé percevant 4 000 € de pensions mensuelles peut voir son taux effectif d'imposition passer de ~14-20 % en France à ~10-15 % à Maurice — mais un couple de fonctionnaires ne gagne fiscalement (presque) rien au déménagement. Faites établir une simulation avant/après par un avocat fiscaliste avant toute décision.

Devenir vraiment non-résident fiscal français

Le gain fiscal suppose de perdre la résidence fiscale française au sens de l'article 4 B du CGI : foyer, séjour principal, activité et centre des intérêts économiques doivent basculer à Maurice. Les pièges classiques :

  • conserver en France la disposition permanente d'un logement où vit le conjoint — le foyer fiscal y reste ;
  • passer plus de temps en France qu'à Maurice (les allers-retours « 6 mois - 6 mois » mal documentés) ;
  • garder l'essentiel de son patrimoine productif en France sans substance mauricienne.

En cas de contrôle, l'administration reconstitue les séjours (billets, relevés bancaires, téléphonie). Une domiciliation « de papier » expose à un redressement sur 3 ans, majorations comprises.

Les obligations déclaratives qui survivent au départ

  • Année du départ : déclaration française partielle (revenus du 1er janvier au départ) + transfert du dossier au service des impôts des particuliers non-résidents ;
  • revenus de source française conservés (loyers d'un bien en France, pensions publiques) : déclaration française chaque année, avec retenue à la source ou taux minimum de 20-30 % selon les cas ;
  • comptes bancaires mauriciens : tant que vous restez résident fiscal français (année du départ incluse), chaque compte ouvert à l'étranger doit être déclaré (formulaire 3916) — 1 500 € d'amende par compte omis ;
  • CSG-CRDS : les non-résidents fiscaux n'en sont plus redevables sur leurs pensions, mais une cotisation d'assurance maladie (Cotam) de 3,2 % peut être prélevée sur les retraites de base versées à l'étranger.

Toucher sa retraite française à Maurice : la mécanique

Les caisses françaises (CARSAT, Agirc-Arrco) versent les pensions dans le monde entier. Trois réflexes :

  1. Certificat de vie : à retourner chaque année (dématérialisé via Info Retraite ; légalisation possible auprès du consulat ou des autorités mauriciennes) — un retard suspend le versement ;
  2. compte bancaire : le virement sur un compte mauricien fonctionne mais génère des frais de change ; beaucoup conservent un compte en France (parfaitement licite) et transfèrent au fil de l'eau — attention, les 1 500 USD/mois du permis doivent bien arriver sur le compte mauricien ;
  3. taux de change : la roupie mauricienne fluctue ; lissez vos transferts et méfiez-vous des « conseillers » en transferts miracles.

La santé : le poste le plus sous-estimé

Hors Union européenne, la Sécurité sociale française ne couvre plus les soins (sauf séjours temporaires en France). Trois stratégies :

  • Caisse des Français de l'Étranger (CFE) : maintient une couverture de type Sécu (hospitalisation, soins courants) utilisable à Maurice et en France — cotisation selon l'âge et la formule, souvent complétée par une assurance internationale ;
  • assurance santé internationale privée : indispensable au-delà de 60 ans pour couvrir les cliniques privées mauriciennes (Wellkin, Fortis Darné...) et surtout une éventuelle évacuation sanitaire vers la Réunion ou la France ;
  • retour programmé en France pour les soins lourds : possible (les retraités français conservent l'accès aux soins lors de séjours en France sous conditions), mais ne couvre pas l'urgence.

Budget réaliste pour un couple de 65 ans : 300 à 700 € par mois selon les garanties. Intégrez-le à la simulation fiscale : le gain d'impôt finance souvent la couverture santé.

Se loger : un marché fermé... sauf par les bonnes portes

Un étranger ne peut pas acheter librement un bien immobilier mauricien. L'acquisition n'est ouverte que via les régimes agréés par l'EDB :

  • PDS (Property Development Scheme) et anciens IRS/RES : villas et résidences haut de gamme ouvertes aux étrangers ; à partir de 375 000 USD, l'achat emporte un permis de résidence pour l'acquéreur et sa famille — voie royale pour qui veut lier logement et statut ;
  • appartements R+2 : depuis 2016, les étrangers peuvent acheter des appartements en immeuble d'au moins deux étages, à partir de 6 millions de roupies (~120 000 €), sans permis de résidence attaché ;
  • Smart City Scheme : programmes mixtes résidentiel/bureaux.

La location longue durée reste l'option la plus souple pour les premières années : comptez 800 à 2 500 € par mois selon la zone (Grand Baie, Tamarin, Flic-en-Flac). Faites relire tout compromis par un avocat ou un notaire mauricien indépendant du promoteur : garanties d'achèvement, charges de résidence, droits d'enregistrement (5 %) et clauses de revente se négocient.

Succession : anticiper le double système

Maurice applique un droit civil des successions hérité du Code Napoléon — avec une réserve héréditaire proche du droit français — et ne prélève aucun droit de succession. Mais pour un Français :

  • le règlement européen 650/2012 permet de choisir la loi française par testament (professio juris) pour l'ensemble de sa succession ;
  • les biens immobiliers mauriciens seront mutés selon les procédures locales (notaire mauricien) ;
  • la fiscalité successorale française peut rattraper les héritiers domiciliés en France : s'ils y ont été domiciliés 6 ans au cours des 10 dernières années, les biens mondiaux — y compris mauriciens — peuvent être taxés en France (article 750 ter du CGI).

Un testament coordonné (rédigé avec un notaire français et vérifié par un praticien mauricien) évite aux héritiers deux ou trois ans de procédures parallèles.

Le calendrier réaliste d'une expatriation réussie

ÉchéanceAction
J-18 moisSimulation fiscale avant/après (avocat fiscaliste), audit patrimonial, décision sur la résidence principale française
J-12 moisRepérage sur place (location saisonnière longue), choix ville/quartier, devis assurances santé
J-9 moisDossier Residence Permit (EDB), ouverture du compte bancaire mauricien, casier judiciaire, actes traduits
J-6 moisVente ou mise en location du bien français, résiliation/transfert des contrats, CFE ou assurance internationale
J-3 moisNotification aux caisses de retraite (adresse, RIB), transfert du dossier fiscal aux non-résidents, formulaire 3916
JInstallation, transferts mensuels ≥ 1 500 USD, immatriculation consulaire
J+12 moisPremière déclaration mauricienne, certificat de vie, bilan fiscal croisé

Les 5 erreurs qui coûtent le plus cher

  1. Partir sans simulation fiscale — et découvrir que ses pensions publiques restent imposées en France ;
  2. négliger la santé — une évacuation sanitaire non assurée coûte 15 000 à 40 000 € ;
  3. acheter sur plan sans contrôle juridique indépendant du promoteur ;
  4. rester « à cheval » entre les deux pays sans documenter sa résidence — le pire des deux mondes fiscaux ;
  5. oublier la succession — laisser ses héritiers gérer deux ordres juridiques sans testament coordonné.

L'accompagnement juridique franco-mauricien

Un projet de retraite à Maurice bien mené mobilise un avocat fiscaliste français (résidence fiscale, convention de 1980, exit des revenus), un praticien mauricien (permis EDB, achat immobilier, testament local) et souvent un conseiller en gestion de patrimoine international. Notre réseau coordonne ces expertises pour les ressortissants français.

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Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute décision engageant vos droits, consultez un professionnel du droit. | Rédaction LeDroitEnClair.fr